Deutsche Telekom envisage une fusion historique avec T-Mobile US pour créer le premier opérateur mondial

Deutsche Telekom étudie la possibilité de fusionner avec sa filiale T-Mobile US, une opération d’envergure qui pourrait devenir la plus grande transaction de fusion-acquisition publique jamais réalisée.

T-Mobile, logo sur le bâtiment et des drapeaux

Deutsche Telekom réfléchirait une fusion de ses activités des deux côtés de l’Atlantique avec la mise en place d’une nouvelle société holding qui posséderait les actions des deux groupes selon des sources proches du dossiers citées par Bloomberg. L’entité résultante serait détenue conjointement par les actionnaires actuels de Deutsche Telekom et de T-Mobile, et pourrait être introduite en bourse à la fois aux États-Unis et sur une grande place financière européenne.

Une opération qui redessinerait le secteur des télécommunications

Si elle aboutissait, cette fusion donnerait naissance au premier opérateur de téléphonie mobile au monde en termes de capitalisation boursière, devançant China Mobile, dont la valorisation est estimée à environ 235 milliards de dollars. À titre de comparaison, T-Mobile affiche actuellement une capitalisation d’environ 217 milliards de dollars, après une baisse de l’ordre de 22 % sur un an, tandis que Deutsche Telekom est valorisée à quelque 141 milliards d’euros (166 milliards de dollars) à la Bourse de Francfort, en repli de 10 % sur la même période.

L’un des moteurs du projet réside dans l’écart de valorisation entre les deux entités. Deutsche Telekom se négocie à un multiple de bénéfices nettement inférieur à celui de T-Mobile, alors que la filiale américaine génère l’essentiel des profits du groupe. Une fusion permettrait théoriquement de réduire cet écart et de doter le nouvel ensemble d’une capacité accrue pour financer d’éventuelles acquisitions.

Un montage inspiré de la fusion Praxair-Linde

Le schéma envisagé s’inspirerait d’une architecture déjà utilisée pour des méga-fusions transatlantiques. La fusion entre le groupe américain Praxair et l’allemand Linde, d’environ 35 milliards de dollars, avait reposé sur la création d’une holding de droit irlandais, considérée comme un intermédiaire neutre, qui avait lancé des offres publiques d’achat distinctes sur chacune des deux sociétés avant une double cotation à New York et à Francfort.

Dans le cas Deutsche Telekom et T-Mobile, la nouvelle société holding serait vraisemblablement constituée dans un pays européen autre que l’Allemagne, selon les mêmes sources.

Des obstacles politiques et financiers considérables

La transaction se heurterait à plusieurs défis majeurs avant de pouvoir se concrétiser. En effet, le gouvernement allemand et la banque publique KfW détiennent ensemble environ 28 % du capital de Deutsche Telekom, ce qui leur confère un droit de regard déterminant sur tout accord de cette nature.

De plus, les entreprises pourraient être contraintes de prendre des engagements formels, notamment en ce qui concerne le maintien d’une présence significative en Allemagne et des investissements importants aux États-Unis.

Il resterait également à convaincre les investisseurs que les synergies d’un groupe multinational plus vaste l’emportent sur les avantages de deux entités distinctes qui attirent plutôt des actionnaires ciblant leur marché respectif.

Les tensions diplomatiques entre Washington et Berlin, sur fond de désaccords commerciaux et au sein de l’OTAN, compliquent davantage le contexte politique.

Le porte-parole de Deutsche Telekom a répondu aux sollicitations par une déclaration laconique :

Conformément à leur pratique habituelle, Deutsche Telekom et T-Mobile US ne commentent pas les spéculations concernant leurs activités, et nous n’avons pas d’éléments précis à ajouter à votre demande.

T-Mobile a, de son côté, refusé tout commentaire.

Un rapprochement préparé de longue date

Cette initiative potentielle s’inscrit dans une stratégie de long terme. Deutsche Telekom renforce progressivement son emprise sur T-Mobile depuis plusieurs années et possède dorénavant une participation de 53% dans l’opérateur basé aux Etats-Unis. En novembre dernier, Srini Gopalan, ancien cadre de Deutsche Telekom, a pris la tête de T-Mobile. Il occupait auparavant la direction générale de Deutsche Telekom Allemagne avant de rejoindre l’opérateur américain en tant que directeur des opérations.

Le PDG de Deutsche Telekom, Tim Hoettges, avait par ailleurs déclaré plus tôt cette année que le groupe étudiait des moyens de renforcer encore sa participation dans T-Mobile. Dans un podcast diffusé en février, il avait également alerté sur les obstacles réglementaires européens au développement des infrastructures numériques, soulignant que la capitalisation boursière de Deutsche Telekom reposait presque entièrement sur ses activités outre-Atlantique, signe des difficultés structurelles du marché européen.

Ce projet intervient par ailleurs dans un contexte plus favorable sur le plan réglementaire européen, l’Union européenne travaillant à de nouvelles lignes directrices en matière de fusions-acquisitions destinées à favoriser l’émergence de champions capables de rivaliser avec les grandes entreprises américaines et chinoises.

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