La Corée du Sud interdit les smartphones à l’école

À partir de mars 2026, les élèves sud-coréens ne pourront plus utiliser leur téléphone portable pendant les heures de cours. Cette décision historique, soutenue par une large majorité au Parlement, vise à enrayer une dépendance numérique jugée préoccupante, notamment chez les adolescents.

Smartphone en salle de classe

Avec 99 % de la population connectée et 98 % possédant un smartphone, la Corée du Sud figure parmi les pays les plus numériquement avancés au monde. Mais cette hyperconnectivité a un revers : près de 43 % des jeunes âgés de 10 à 19 ans seraient en situation d’addiction au smartphone, selon une enquête gouvernementale de 2024.

Le nouveau texte de loi interdit l’usage des téléphones et autres appareils intelligents pendant les cours, tout en laissant une marge d’utilisation à des fins pédagogiques ou pour les élèves en situation de handicap. Il donne également aux enseignants et directeurs d’école le pouvoir d’interdire le port ou l’utilisation de ces appareils dans l’enceinte scolaire.

Un encadrement déjà partiellement en place

La mesure vient formaliser des règles que de nombreux établissements avaient déjà instaurées de manière autonome depuis 2023. Jusqu’à présent, chaque école décidait de la politique à adopter en matière d’utilisation des smartphones, allant parfois jusqu’à la confiscation systématique pendant toute la journée.

Mais cette initiative s’inscrit désormais dans un cadre juridique national, comme l’explique le député Cho Jung-hun, membre du parti d’opposition People Power Party et instigateur de la loi. Selon lui, l’addiction des jeunes aux réseaux sociaux nuit gravement à leur développement cognitif et émotionnel.

Des voix critiques et des inquiétudes sur les droits des élèves

Si la loi reçoit un soutien notable de la part de nombreux enseignants et parents, certains groupes d’élèves et organisations militantes s’opposent fermement à la mesure. Le parti progressiste Jinbo, par exemple, dénonce une atteinte aux droits numériques des enfants et à leur liberté de communication.

Selon ses détracteurs, cette interdiction ne traite pas les causes profondes du problème, à savoir la pression académique extrême et l’absence d’espaces de socialisation hors ligne. Plusieurs lycéens, interrogés dans les médias, affirment manquer de temps pour être véritablement « accros », absorbés par les cours, le tutorat privé et les devoirs jusqu’à tard le soir.

Une réponse à une urgence éducative et sanitaire

Selon un sondage du ministère de l’Éducation, 37 % des collégiens et lycéens sud-coréens déclarent que les réseaux sociaux influencent leur quotidien, et 22 % ressentent de l’anxiété lorsqu’ils en sont privés. Les parents, de leur côté, s’alarment d’une perte de concentration, d’une baisse de l’engagement scolaire et de l’émergence de cyberharcèlement.

Des enseignants rapportent même que certains élèves réagissent violemment lorsque l’on tente de leur retirer leur téléphone en classe. Une enquête menée par une association d’enseignants révèle que près de 70 % d’entre eux ont été confrontés à des perturbations liées à l’usage des smartphones.

En France, une régulation progressive déjà en place

La France a devancé la Corée du Sud sur ce terrain : depuis 2018, l’usage du téléphone portable est interdit dans les écoles et collèges, sauf exceptions pédagogiques. Dans les lycées, la décision revient au règlement intérieur.

En 2024, près de 200 collèges ont expérimenté une « pause numérique » : les élèves y déposaient leur téléphone à l’entrée et ne le récupéraient qu’à la sortie. Forts de résultats encourageants (meilleure concentration, baisse des tensions), les pouvoirs publics prévoient de généraliser ce dispositif à tous les collèges dès la rentrée 2025.

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