Le Premier ministre a demandé aux quatre grands opérateurs de se préparer à bloquer temporairement Snapchat, TikTok et Instagram. La lettre, datée du 22 octobre et signée de Sébastien Lecornu, a été publiée le 24 octobre au soir par Blast. Elle est adressée à Christel Heydemann (Orange), Benoît Torloting (Bouygues Telecom), Thomas Reynaud (Iliad, Free) et Arthur Dreyfuss (Altice France, SFR). Ni Matignon ni les opérateurs ne s’étaient exprimés publiquement sur ce document, et aucune source ne fait état d’une coupure effective.
Le texte invoque les émeutes des 17 et 18 octobre. Selon Matignon, plusieurs réseaux sociaux y ont servi à coordonner les violences : organisation des pillages, échanges sur les cibles, déplacements des groupes ou positions des forces de l’ordre. Sébastien Lecornu écrit souhaiter « pouvoir disposer de la faculté de suspendre temporairement l’accès à ces services en cas de réitération de violences urbaines ».
Les opérateurs sont invités à « anticiper dès aujourd’hui » les opérations techniques. Ils doivent pouvoir couper l’accès « sans délai » et « pour une durée de quelques heures » si l’instruction leur en est donnée. La décision pourrait tomber le week-end des 24 et 25 octobre, « en fonction du contexte opérationnel ». La lettre demande une suspension « la plus ciblée possible », sans distorsion entre opérateurs. Chacun pourrait l’interrompre immédiatement si elle menaçait gravement son réseau. Le document insiste enfin sur la confidentialité d’une mesure qui ne revêt « à ce stade, qu’un caractère exploratoire ».
Un blocage par DNS, d’abord sur mobile
La méthode est précise : un filtrage des noms de domaine (DNS) des trois applications. Leur accès depuis les connexions fixes serait préservé « dans la mesure du possible », et le reste d’Internet dans tous les cas. Ce sont donc surtout les smartphones sur réseau mobile qui seraient visés. Un filtrage DNS empêche le résolveur de l’opérateur de trouver l’adresse du service. Il se contourne en changeant de résolveur, avec un VPN ou en se connectant à un Wi-Fi. X ne figure pas dans la lettre : selon Blast, il a été ajouté après l’envoi.
Des conditions juridiques renvoyées à une réunion
La lettre ne cite aucun fondement juridique : elle renvoie à une réunion des directeurs juridiques le 23 octobre. D’après le compte rendu consulté par Blast, cette visioconférence de 70 minutes a donné lieu à des échanges « loin d’être consensuels ». Le gouvernement y aurait estimé qu’une instruction individuelle à chaque opérateur suffirait, sans publication au Journal officiel. Blast évoque une activation envisagée vers 14 h le 24 octobre.
Dans sa décision du 1er avril 2025, le Conseil d’État a annulé le blocage de TikTok décidé en Nouvelle-Calédonie en 2024. Une interruption d’accès non prévue par la loi n’est possible qu’en circonstances exceptionnelles. Elle doit être indispensable et provisoire, et aucune mesure moins attentatoire ne doit pouvoir s’appliquer immédiatement. La lettre reprend une partie de ce vocabulaire : quelques heures, une suspension « la plus ciblée possible ».
Publiquement, l’exécutif mettait jusqu’ici en avant la coopération avec les plateformes. Le 23 octobre, Matignon annonçait plus de 100 signalements et un dialogue renforcé avec Meta, Snap, TikTok, Reddit, Discord et Google, sans évoquer de blocage.
